Leïla
| From: | Histoires à faire rêver - AF | Date: | Fri, 11 May 2012 00:12:22 +0000 |
| Subject: | Leïla | ||
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Projet PÉdagogique
Histoires À faire rÊver
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Chère Madame/Cher Monsieur
LÉquipe qui coordonne le Projet HISTOIRES À FAIRE RÊVER est constituée dun ensemble de
personnes, issues deformations scientifiques diverses, qui ont en commun la diffusion du goût de
la lecture chez les plus jeunes, les adolescents et les plus âgés et, plus particulièrement, le
goût des contes intemporels ! Depuis des années, notre travail en contextes divers écoles,
bibliothèques, foyers daccueil
nous a permis de comprendre les bienfaits des livres et des
histoires qui aident à grandir et à mûrir.
Le Projet envisage un envoi hebdomadaire, par mél, dune histoire qui sadresse à tous ceux qui
aiment lire et qui, en plus, ont envie de rêver
et de réfléchir. Les contes sont choisis en
fonction de leur contenu et proposent une réflexion sur les principes éthiques fondamentaux du
monde où nous vivons et sur des valeurs telles que la paix, la solidarité, le respect envers
soi-même et autrui, la délicatesse, la responsabilité, parmi bien dautres.
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hebdomadaire, nous vous prions de bien vouloir vous inscrire en cliquant sur le premier lien
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sans aucun compromis si ce nest celui de vous évader du stress du quotidien et de méditer sur
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qui fait rêver ! Attention : après trois semaines, sans inscription, le conte ne
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souligner que nos objectifs ne sont nullement commerciaux et que nous nous engageons à sécuriser
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exclusivement utilisée dans le cadre de ce Projet HISTOIRES À FAIRE RÊVER.
Nous vous souhaitons dagréables et reposants moments de lecture !
LÉquipe du Projet HISTOIRES À FAIRE RÊVER
af@fairerever.com
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Leïla
Leïla a dix ans.
Elle est née dans le grand désert, là où les Bédouins voyagent sur leurs chameaux, dans
linfini des dunes mouvantes. Leïla est vive comme loued après lorage. Elle est rapide comme
loiseau. Dans la tribu, on lappelle Leïla lindomptable. Son père, le cheik Tarik, est
juste. Pour cela on les respecte dans chaque campement du désert. Mais Tarik ne sait comment
apaiser la nature sauvage de sa fille Leïla.
Leïla a six frères.
Slimane est laîné. Il est le fils préféré du cheik Tarik. Lui seul sait calmer Leïla quand
elle se cabre, quand elle senflamme. Lui seul sait la faire rire quand elle est sombre et triste.
Chaque jour Leïla accompagne Slimane à travers loasis.
Un matin, lorsque les dernières étoiles séteignent, Slimane quitte le campement. Il monte
létalon du cheik Tarik. Il va à travers le désert pour trouver de nouveaux pâturages.
Tout en haut dune haute dune, Leïla et son père saluent Slimane, qui séloigne.
Les jours passent, Slimane ne revient pas. Tarik part à la recherche de son fils. Il avance sur la
crête des dunes. Il va doasis en oasis. Leïla est avec lui. Des bergers leur disent quils ont
vu un étalon blanc là-bas sur lhorizon. Il ne portait aucun cavalier.
Des marchands sur leurs chameaux chargés dépices parlent des grands espaces quils ont
traversés. Ils disent à Tarik :
Seul Allah sait où est ton fils.
Alors Tarik comprend dans son cur que son fils a été pris par les sables, comme dautres
Bédouins avant lui. Tarik dit à Leïla quelle ne reverra jamais Slimane. Leïla crie. Elle
hurle en griffant le sable. Personne ne peut lui prendre son frère, pas même Allah ! Enfin Tarik
parvient à lapaiser. Ils rentrent lentement au campement. Tarik garde le silence. Pendant des
jours, il reste assis sous sa tente, ne goûtant même pas les mets raffinés que lui présentent
ses serviteurs. Leïla erre dans loasis comme une aveugle.
Le septième jour, Tarik sort de sa tente. Il rassemble son peuple et dit :
À dater de ce jour, toute personne qui prononcera le nom de mon fils Slimane sera sévèrement
punie. Je veux oublier.
Son regard est dur et froid. Tous les Bédouins baissent la tête. Ils se sentent mal à laise,
mais personne nose lever la voix. Leïla, elle aussi, a entendu la décision de Tarik. Pourtant
chaque jour qui passe lui parle de Slimane. Quand elle voit les enfants jouer, elle se rappelle les
jeux quil lui apprenait. Quand elle passe au milieu des femmes, elle se souvient des contes que
leur disait Slimane. Quand elle rencontre des bergers houspillant leur troupeau, elle pense au
petit agneau noir que son frère aimait. À chaque souvenir, Leïla voudrait crier le nom de
Slimane. Pourtant elle se tait. Elle devient de plus en plus sauvage et violente. Les Bédouins
sécartent sur son passage. Elle se sent plus seule quelle na jamais été.
Un jour, elle voit ses frères jouer à un jeu que Slimane lui a appris. Sans réfléchir elle leur
dit :
Slimane ne jouait pas comme ça !
Ses frères sarrêtent aussitôt. Ils la regardent dun air effrayé. Elle a rompu le silence.
Heureusement Tarik na pas entendu. Leïla va voir les femmes sous la tente. Elle commence une
histoire, une de celles que Slimane racontait. Au début, les femmes, terrifiées, se bouchent les
oreilles. La mère de Leïla proteste dune voix angoissée :
Arrête, Leïla, si ton père entendait
Peu à peu, les femmes se taisent, elles écoutent en souriant, lair rêveur. Leïla regarde le
visage inquiet de sa mère. Elle voudrait lui faire comprendre
Elle parvient seulement à crier
:
Il faut que je parle de lui. Il faut !
Et elle se sauve en courant.
Leïla rejoint les bergers sur les hauteurs. Quand ils entendent le nom interdit, ils senfuient
loin delle. Mais elle les suit. Elle leur dit lamour de son frère pour le petit agneau noir.
Peu à peu les bergers sapprochent. Plus Leïla parle de Slimane, plus il lui semble proche et
présent. Maintenant elle se sent en paix. Bientôt tous lécoutent en souriant. Cest comme si
Slimane vivait à nouveau parmi eux.
Un soir, le plus jeune des bergers sapproche de la tente de Leïla. Il lappelle :
Viens voir comme le petit mouton de Slimane a grandi.
Les pans de la tente sécartent. Et cest Tarik qui en sort. Son regard est plus glacé que
laube du désert. Ses mots frappent comme le sable cruel :
Berger, jai interdit quon prononce le nom de mon fils. Tu as désobéi. Je te chasse de
cette oasis. Ne reviens jamais !
Le berger séloigne en pleurant.
Les Bédouins baissent les yeux en silence. Ils sont malheureux. Ils ont peur. Ils sécartent de
Leïla et lui lancent des regards de reproche. Leïla voudrait crier : « Slimane ! » mais elle
garde en elle les mots qui lui viennent aux lèvres. Elle sent sa rage grandir. Elle étouffe. Sa
paix est détruite. Il lui semble que Slimane séloigne. À nouveau.
Le lendemain matin, très tôt, Leïla décide daller parler à son père. Tarik est assis dans
sa tente. Il médite. Leïla surgit brusquement devant lui. Elle parle dune voix saccadée et
basse :
Vous ne me volerez pas mon frère. Je ne vous laisserai pas faire
Tarik lui jette un regard menaçant. Leïla ne lui laisse pas le temps de parler, elle continue :
Pouvez-vous voir le visage de Slimane ? Pouvez-vous entendre sa voix ?
Tarik reste pétrifié détonnement. Il dit en tremblant :
Non, je ne peux pas. Pourtant je reste des heures face au désert.
Les yeux de Tarik semplissent de larmes. Leïla dit doucement :
Je connais un moyen, père, écoutez
Alors Leïla commence à raconter Slimane : comment il se promenait avec elle, et comme il parlait,
il jouait, il contait. Comme il savait la calmer, ou la faire rire quand elle se fâchait. Elle
parle de joie, de tendresse, de vie
Quand elle a fini, elle dit :
Père, revoyez-vous son visage ? Entendez-vous sa voix ?
Tarik incline sa tête et, pour la première fois depuis des semaines, il sourit.
Vous voyez bien, murmure Leïla, Slimane peut vivre encore parmi nous.
Tarik reste longtemps songeur. Puis il se tourne vers Leïla :
Dis à mon peuple de se rassembler ici.
Quand les Bédouins sont autour de lui, Tarik déclare :
Ma fille Leïla a su me rendre mon fils bien-aimé, Slimane. Désormais, vous lappellerez
Leïla-la-très-sage. Je veux que son nom et celui de Slimane soient honorés dans tous les
campements du désert.
Quelques jours plus tard, le jeune berger chassé reprend sa place dans loasis.
Et Slimane vit à nouveau dans le cur de tous ceux qui se souviennent de lui.
Sue Alexander
Leïla
Paris, Centurion Jeunesse, 1986