Leïla

From: Date: Fri, 11 May 2012 00:12:22 +0000
Subject: Leïla
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  Si vous souhaitez recevoir le conte hebdomadaire, cliquez ici.Si vous ne souhaitez plus recevoir le conte hebdomadaire, cliquez ici   Si vous ne souhaitez plus recevoir le conte hebdomadaire, cliquez ici.   _____________________________________________ Projet PÉdagogique “Histoires À faire rÊver” _____________________________________________ Veuillez noter s.v.p. que les histoires suivent aussi en document PDF annexé. _____________________________________________   Chère Madame/Cher Monsieur L’Équipe qui coordonne le Projet “HISTOIRES À FAIRE RÊVER” est constituée d’un ensemble de personnes, issues deformations scientifiques diverses, qui ont en commun la diffusion du goût de la lecture chez les plus jeunes, les adolescents et les plus âgés et, plus particulièrement, le goût des contes intemporels ! Depuis des années, notre travail en contextes divers – écoles, bibliothèques, foyers d’accueil… – nous a permis de comprendre les bienfaits des livres et des histoires qui aident à grandir et à mûrir. Le Projet envisage un envoi hebdomadaire, par mél, d’une histoire qui s’adresse à tous ceux qui aiment lire et qui, en plus, ont envie de rêver… et de réfléchir. Les contes sont choisis en fonction de leur contenu et proposent une réflexion sur les principes éthiques fondamentaux du monde où nous vivons et sur des valeurs telles que la paix, la solidarité, le respect envers soi-même et autrui, la délicatesse, la responsabilité, parmi bien d’autres. Si, après réception de ce premier envoi, vous souhaitez continuer à recevoir notre conte hebdomadaire, nous vous prions de bien vouloir vous inscrire en cliquant sur le premier lien ci-dessus. Votre inscription est entièrement gratuite (vous pouvez l’annuler à tout moment), sans aucun compromis si ce n’est celui de vous évader du stress du quotidien et de méditer sur une parole… qui fait rêver ! Attention : après trois semaines, sans inscription, le conte ne vous sera plus envoyé. Et cela, afin de préserver votre liberté de choix. Nous tenons à souligner que nos objectifs ne sont nullement commerciaux et que nous nous engageons à sécuriser votre adresse et à en préserver la confidentialité : votre adresse électronique sera exclusivement utilisée dans le cadre de ce Projet – “HISTOIRES À FAIRE RÊVER”. Nous vous souhaitons d’agréables et reposants moments de lecture ! L’Équipe du Projet HISTOIRES À FAIRE RÊVER af@fairerever.com _____________________________________________ Leïla Leïla a dix ans. Elle est née dans le grand désert, là où les Bédouins voyagent sur leurs chameaux, dans l’infini des dunes mouvantes. Leïla est vive comme l’oued après l’orage. Elle est rapide comme l’oiseau. Dans la tribu, on l’appelle Leïla – l’indomptable. Son père, le cheik Tarik, est juste. Pour cela on les respecte dans chaque campement du désert. Mais Tarik ne sait comment apaiser la nature sauvage de sa fille Leïla. Leïla a six frères. Slimane est l’aîné. Il est le fils préféré du cheik Tarik. Lui seul sait calmer Leïla quand elle se cabre, quand elle s’enflamme. Lui seul sait la faire rire quand elle est sombre et triste. Chaque jour Leïla accompagne Slimane à travers l’oasis. Un matin, lorsque les dernières étoiles s’éteignent, Slimane quitte le campement. Il monte l’étalon du cheik Tarik. Il va à travers le désert pour trouver de nouveaux pâturages. Tout en haut d’une haute dune, Leïla et son père saluent Slimane, qui s’éloigne. Les jours passent, Slimane ne revient pas. Tarik part à la recherche de son fils. Il avance sur la crête des dunes. Il va d’oasis en oasis. Leïla est avec lui. Des bergers leur disent qu’ils ont vu un étalon blanc là-bas sur l’horizon. Il ne portait aucun cavalier. Des marchands sur leurs chameaux chargés d’épices parlent des grands espaces qu’ils ont traversés. Ils disent à Tarik : — Seul Allah sait où est ton fils. Alors Tarik comprend dans son cœur que son fils a été pris par les sables, comme d’autres Bédouins avant lui. Tarik dit à Leïla qu’elle ne reverra jamais Slimane. Leïla crie. Elle hurle en griffant le sable. Personne ne peut lui prendre son frère, pas même Allah ! Enfin Tarik parvient à l’apaiser. Ils rentrent lentement au campement. Tarik garde le silence. Pendant des jours, il reste assis sous sa tente, ne goûtant même pas les mets raffinés que lui présentent ses serviteurs. Leïla erre dans l’oasis comme une aveugle. Le septième jour, Tarik sort de sa tente. Il rassemble son peuple et dit : — À dater de ce jour, toute personne qui prononcera le nom de mon fils Slimane sera sévèrement punie. Je veux oublier. Son regard est dur et froid. Tous les Bédouins baissent la tête. Ils se sentent mal à l’aise, mais personne n’ose lever la voix. Leïla, elle aussi, a entendu la décision de Tarik. Pourtant chaque jour qui passe lui parle de Slimane. Quand elle voit les enfants jouer, elle se rappelle les jeux qu’il lui apprenait. Quand elle passe au milieu des femmes, elle se souvient des contes que leur disait Slimane. Quand elle rencontre des bergers houspillant leur troupeau, elle pense au petit agneau noir que son frère aimait. À chaque souvenir, Leïla voudrait crier le nom de Slimane. Pourtant elle se tait. Elle devient de plus en plus sauvage et violente. Les Bédouins s’écartent sur son passage. Elle se sent plus seule qu’elle n’a jamais été. Un jour, elle voit ses frères jouer à un jeu que Slimane lui a appris. Sans réfléchir elle leur dit : — Slimane ne jouait pas comme ça ! Ses frères s’arrêtent aussitôt. Ils la regardent d’un air effrayé. Elle a rompu le silence. Heureusement Tarik n’a pas entendu. Leïla va voir les femmes sous la tente. Elle commence une histoire, une de celles que Slimane racontait. Au début, les femmes, terrifiées, se bouchent les oreilles. La mère de Leïla proteste d’une voix angoissée : — Arrête, Leïla, si ton père entendait… Peu à peu, les femmes se taisent, elles écoutent en souriant, l’air rêveur. Leïla regarde le visage inquiet de sa mère. Elle voudrait lui faire comprendre… Elle parvient seulement à crier : — Il faut que je parle de lui. Il faut ! Et elle se sauve en courant. Leïla rejoint les bergers sur les hauteurs. Quand ils entendent le nom interdit, ils s’enfuient loin d’elle. Mais elle les suit. Elle leur dit l’amour de son frère pour le petit agneau noir. Peu à peu les bergers s’approchent. Plus Leïla parle de Slimane, plus il lui semble proche et présent. Maintenant elle se sent en paix. Bientôt tous l’écoutent en souriant. C’est comme si Slimane vivait à nouveau parmi eux. Un soir, le plus jeune des bergers s’approche de la tente de Leïla. Il l’appelle : — Viens voir comme le petit mouton de Slimane a grandi. Les pans de la tente s’écartent. Et c’est Tarik qui en sort. Son regard est plus glacé que l’aube du désert. Ses mots frappent comme le sable cruel : — Berger, j’ai interdit qu’on prononce le nom de mon fils. Tu as désobéi. Je te chasse de cette oasis. Ne reviens jamais ! Le berger s’éloigne en pleurant. Les Bédouins baissent les yeux en silence. Ils sont malheureux. Ils ont peur. Ils s’écartent de Leïla et lui lancent des regards de reproche. Leïla voudrait crier : « Slimane ! » mais elle garde en elle les mots qui lui viennent aux lèvres. Elle sent sa rage grandir. Elle étouffe. Sa paix est détruite. Il lui semble que Slimane s’éloigne. À nouveau. Le lendemain matin, très tôt, Leïla décide d’aller parler à son père. Tarik est assis dans sa tente. Il médite. Leïla surgit brusquement devant lui. Elle parle d’une voix saccadée et basse : — Vous ne me volerez pas mon frère. Je ne vous laisserai pas faire… Tarik lui jette un regard menaçant. Leïla ne lui laisse pas le temps de parler, elle continue : — Pouvez-vous voir le visage de Slimane ? Pouvez-vous entendre sa voix ? Tarik reste pétrifié d’étonnement. Il dit en tremblant : — Non, je ne peux pas. Pourtant je reste des heures face au désert. Les yeux de Tarik s’emplissent de larmes. Leïla dit doucement : — Je connais un moyen, père, écoutez… Alors Leïla commence à raconter Slimane : comment il se promenait avec elle, et comme il parlait, il jouait, il contait. Comme il savait la calmer, ou la faire rire quand elle se fâchait. Elle parle de joie, de tendresse, de vie… Quand elle a fini, elle dit : — Père, revoyez-vous son visage ? Entendez-vous sa voix ? Tarik incline sa tête et, pour la première fois depuis des semaines, il sourit. — Vous voyez bien, murmure Leïla, Slimane peut vivre encore parmi nous. Tarik reste longtemps songeur. Puis il se tourne vers Leïla : — Dis à mon peuple de se rassembler ici. Quand les Bédouins sont autour de lui, Tarik déclare : — Ma fille Leïla a su me rendre mon fils bien-aimé, Slimane. Désormais, vous l’appellerez Leïla-la-très-sage. Je veux que son nom et celui de Slimane soient honorés dans tous les campements du désert. Quelques jours plus tard, le jeune berger chassé reprend sa place dans l’oasis. Et Slimane vit à nouveau dans le cœur de tous ceux qui se souviennent de lui. Sue Alexander Leïla Paris, Centurion Jeunesse, 1986 

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